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JOURNEE NATIONALE D’HOMMAGE AUX « MORTS POUR LA FRANCE » EN INDOCHINE DU 8 JUIN 2015

8 juin

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Message de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’Etat aux anciens combattants et à la mémoire

 En cette journée nationale dédiée aux « morts pour la France » en Indochine, notre pays a, une fois de plus, rendez-vous avec son histoire et sa mémoire combattante.

 En près de 15 ans de combats, de 1940 à 1954, les soldats d’Indochine ont laissé derrière eux une trace indélébile de bravoure et d’abnégation.

 Sur cette terre lointaine, des soldats de toutes les armes, des légionnaires, des coloniaux, des tirailleurs, des gendarmes, des marins, des aviateurs, des médecins, des infirmières, ont lutté avec un dévouement indéniable pour préserver l’honneur de notre pays.

 Face à l’occupant japonais, de 1940 à 1945, ils ont maintenu la présence française en Indochine. Il y a 70 ans, à l’issue du coup de force japonais mené le 9 mars 1945 sur les garnisons françaises, tandis que certains d’entre eux réussissent à se replier en Chine, d’autres sont fait prisonniers et exécutés. C’est à tous ceux-là qu’un hommage fut rendu en 1952 lorsque  Edmond Grethen, grande figure de la Résistance indochinoise, fusillé à Thakhet le 16 mars 1945, fut inhumé au Mont-Valérien.

 Contre le Vietminh, de 1946 à 1954, des combattants venus de France, d’Europe, d’Afrique du Nord ou d’Afrique Noire, ont été engagés, aux côtés de leurs frères d’armes indochinois, dans des conditions extrêmes. Ils ont lutté dans la boue des rizières, sur le sommet d’un piton calcaire, sur une piste forestière ou dans un petit poste isolé, contre un ennemi insaisissable et toujours mieux armé.

 Ils étaient guidés par un sens du devoir et une foi infaillible en la France.

 Les assauts, les embuscades ou les combats au corps à corps, n’ont pourtant constitué que le début de leur calvaire. Pour les survivants des derniers combats, ce furent ensuite les camps de rééducation politique, dont plus des trois quarts des prisonniers ne revinrent jamais.

 Ce courage dont ont fait preuve les combattants d’Indochine est à ériger en exemple.

 En cette journée nationale, souvenons-nous qu’ils furent les premiers d’une très longue lignée de soldats à intervenir loin du sol de France. Ils menèrent leur mission avec une volonté qui force le respect.

 Aujourd’hui comme hier, sur les différents théâtres d’opérations où ils sont engagés, nos soldats défendent la République française et ses valeurs avec courage et professionnalisme. Ils accomplissent leurs missions avec une détermination qui fait honneur à leurs aînés, à l’histoire qu’ils ont écrite et à la nation tout entière.

 

9 mars 1945 : Coup de force japonais en Indochine

25 mar

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Le 9 mars 1945, vers 20 heures, le Japon éliminait sauvagement par une attaque surprise la présence française en Indochine.

Près d’un siècle d’administration balayé en une nuit !

L’attaque surprise japonaise, minutieusement préparée, déclenchée sensiblement à la même heure sur tout le territoire de la Fédération Indochinoise, c’est à dire au Tonkin, en Annam, en Cochinchine, au Cambodge et au Laos, fut extraordinaire par sa rapidité. Foudroyante. Elle frappa de stupeur l’ensemble de la population et abouti à l’élimination immédiate de toutes les autorités civiles et militaires en place.

Quarante huit heures plus tard, le 11 mars, l’empereur Bao Dai, soumis à de fortes pressions, proclame l’abolition du protectorat français et le droit de son pays, le futur Vietnam, à l’indépendance.

Ce coup de poignard, aux prolongements et aux conséquences considérables, a été un acte prémédité, perpétré à dessein. Il a été aussi, pour le Japon, le dernier et tragique exploit d’une aventure militaire désormais condamnée.

L’histoire ne se refait pas. On peut le regretter. En effet, l’amiral Jean Decoux, Gouverneur Général de la Fédération Indochinoise, en dépit des épreuves et de l’action funeste des nippons, avait maintenu, avec de faibles forces, la souveraineté française pendant les cinq difficiles années de guerre.

Les trois souverains de la Fédération Indochinoise, l’empereur d’Annam, le roi du Cambodge, le roi du Laos et des millions d’indochinois, étaient restés fidèles à la France blessée et pourtant si lointaine.

Une fidélité non imposée par la force, en réalité inexistante, ou la contrainte, mais basée sur l’estime et la confiance en un avenir meilleur.

Il s’en est fallu, hélas !, de quelques vingt semaines, pour que l’amiral Decoux ne remette à la France une Indochine fidèle et heureuse et ne devienne par la suite, libérée de l’emprise coloniale, dans l’esprit de l’important discours de Brazzaville du général de Gaulle, grâce à ses ressources le pays le plus riche du Sud-est asiatique avec l’aide de la France.

Mais le destin de l’Indochine a été tout autre.

Par sa situation géographique au cœur du Sud-est asiatique, la péninsule indochinoise présentait une importance capitale pour le Japon en guerre avec la Chine depuis 1937. En conflit ensuite avec les Etats-Unis, après l’attaque de Pearl Harbour, en décembre 1941, ils ont occupé successivement Hong Kong, la Malaisie, Singapour et les Philippines.

La promenade militaire à laquelle l’Etat-major nippon croyait au début de son conflit avec la Chine, s’était transformée avec les années en lointaines marches forcées de plus en plus suicidaires : les japonais n’ont jamais pu s’emparer de Tchongking, la capitale de guerre de Tchang Kai Cheik. Ils se sont heurtés et arrêtés aux gorges du fleuve Yang Tse Kiang.

Le blocus des côtes chinoises s’étant avéré insuffisant, inopérant malgré l’occupation des provinces limitrophes de la frontière sino-tonkinoise, l’Empire du Soleil Levant profita alors, du fait que la France avait un genou à terre, pour franchir une nouvelle étape. Il obtint très vite et facilement par la voie diplomatique, dès le mois de juin 1940 la fermeture de cette frontière sino-tonkinoise, à l’époque voie principale de ravitaillement par le chemin de fer Haiphong-Yunnanfu, via Laokay, des troupes nationalistes du maréchal Tchang Kai Cheik, puis à partir de septembre de la même année après l’attaque brusquée du poste frontière de Dong Dang et de Lang Son, l’occupation progressive de toute l’Indochine à laquelle l’amiral Decoux, successeur infortuné du général Catroux, ne put s’opposer.

Il ne put empêcher également, le rapport des forces en présence étant nettement en faveur des japonais, leur coup de force du 9 mars 1945.

Pourtant des plans de défense définissant la conduite à tenir face aux japonais avaient été élaborés.

Aussi surprenant et incroyable que cela puisse paraître, le Haut Commandement militaire français se laissa surprendre. Il ne prit pas suffisamment au sérieux les menaces nipponnes.

Cependant de nombreux indices auraient du l’alerter.

Dès la fin du mois de février 45 des informations obtenues par la Sûreté indiquaient que la fête du Têt ne se terminerait pas sans que les japonais ne prennent en main le contrôle de toute l’administration de l’Indochine. En 1945 les festivités du Têt s’achevaient le 10 mars.

Le 8 mars dans l’après-midi la Sûreté reçoit des informations très précises : le commissaire Fleutot porte lui-même ces renseignements au chef du B.S.M. (Bureau Sécurité Militaire) et au Chef d’Etat-Major de la division du Tonkin.

Toutes les Autorités civiles et militaires sont informées de ces indices.

Le général Mordant paraît sceptique et n’apporte que peu de crédit aux indications de la sûreté. Il avait été, bien qu’étant à la retraite, à l’insu du Gouverneur Général, désigné pour organiser la résistance, ses directives venant du Gouvernement provisoire d’Alger.

Le général Aymé, Commandant Supérieur des Troupes en Indochine, a une attitude identique. Il semble peu intéressé par les renseignements que lui transmet son chef d’Etat-Major…  » Il baille à plusieurs reprises et s’impatiente…  » Ils sont qualifiés de romans par son entourage.

Le général Sabatier responsable au Tonkin, est le seul à considérer avec sérieux les renseignements de la sûreté. Il prend aussitôt des mesures de précautions et gagne dans la nuit du 8 au 9 mars son PC de campagne à Phu Doan (100 kms au nord ouest d’Hanoi). Les troupes du Tonkin sont placées en état d’alerte le 9 en fin de matinée, puis «   quartier libre  » à partir de 15 heures !

A 20 heures les japonais attaquent… ! !

Par légèreté, incrédulité et imprévoyance, la Haut Commandement est surpris, mis hors de combat avant même que l’attaque japonaise ne se déclenche.

Sur tout le territoire, dans les grandes villes, la plupart des officiers sont faits prisonniers par traîtrise : soit après avoir été invités à déjeuner ou à partager un apéritif, en levant un verre à la gloire du maréchal Pétain et à l’amitié éternelle franco-japonaise, soit interceptés à domicile ou en rejoignant leurs unités..

A Saigon, le Gouverneur Général, le général Delsuc, et l’amiral Bérenger, sont tous les trois capturés à 20 heures 30, sans pouvoir offrir la moindre résistance, à l’issue d’une dernière tentative de négociations prétendument faite pour éviter un bain de sang.

Les exigences nippones étaient inacceptables : elles imposaient une collaboration militaire entre le gouvernement général et le Japon.

Voici un extrait de l’ultime rencontre entre l’amiral Decoux et l’ambassadeur japonais Matsumoto.

Matsumoto : « Je tiens à vous rappeler qu’une réponse favorable aux différents points de l’aide mémoire est attendue pour 21 heures par l’autorité militaire nippone. Si cette réponse ne lui parvient pas en temps voulu, il pourra en résulter une situation grave. Les troupes japonaises seraient dans ce cas obligées d’opérer par surprise…Avez-vous songé au sort des 40,000 français qui sont en Indochine…? »

Decoux : « Voulez-vous dire par là, Excellence, que des représailles pourraient être exercées sur les français d’Indochine ? S’il en était ainsi le Commandement nippon et votre gouvernement en assumeraient alors l’entière responsabilité non seulement devant l’Indochine et la France mais aussi devant le monde entier… »

Monsieur Matsumoto ne souffle mot. Il quitte les lieux à 20h 15. Pendant ce temps-là, ici et là, depuis 20 heures sur tout le territoire les japonais sont passés à l’attaque. La résistance de nos troupes fut tenace, héroïque même. Quoique décousue et vouée à l’échec !

. Finalement toutes les troupes françaises basées en Indochine furent internées à l’exception de quelques isolés qui s’égaillèrent pour peu de temps dans la nature. Seul, le groupement du général Alessandri, parti de Tong, parvint à travers la jungle et les forêts de la haute région tonkinoise à gagner la frontière chinoise, après une longue et pénible marche de plus d’un mois et de nombreux combats d’arrière garde, il fut, à peine arrivé, désarmé et quasiment interné !

Des commandos composés d’hommes formés à la guérilla furent parachutés pour agir sur les arrières japonais. Mais, avec l’appui de la population contrainte par les japonais, dénoncés, ils furent presque tous capturés et mis hors de combat rapidement. Les rescapés de cette suicidaire équipée, dans des conditions difficiles, pénibles, franchirent à leur tour après quelques semaines de brousse la frontière chinoise. Certains maquis au Laos avec le soutien bienveillant des laotiens ont pu survivre jusqu’à la fin des hostilités.

Le comportement des japonais après leur éclatante et facile victoire fut très inégal. Il varia selon le degré de résistance des troupes françaises.

Certaines garnisons furent entièrement massacrées, leurs chefs décapités, les femmes violées. La population française fut très rapidement regroupée dans les cinq ou six principales grandes villes. Etroitement surveillée, entassée pêle-mêle par familles entières dans des bâtiments publics, les lycées, les hôtels, les résidences réquisitionnées.

Au Tonkin, de très nombreux prisonniers seront dirigés sur les camps de la mort de Hoa Binh, pour y demeurer jusqu’au mois d’août dans des conditions épouvantables.

Les résistants dont les listes étaient entre les mains des japonais furent pour la plupart atrocement torturés par la Kempétaï, l’équivalent de la Gestapo.

Le bilan précis et total des pertes subies par les Troupes françaises ne pourra jamais être établi. Il est estimé à plus de 2.000 tués et disparus pour les seuls européens. Le nombre des blessés et des malades par épuisement est impossible à déterminer.

Les massacres, les viols, les humiliations ne durèrent fort heureusement que cinq mois.

Après la première bombe atomique sur Hiroshima le 6 août et la deuxième bombe le 9 août sur Nagasaki, le Japon capitule sans conditions.

En Indochine des dizaines de milliers d’hommes et de femmes doivent leur vie à l’effrayante bombe de mort.

Etaient-elle nécessaire ? pour que le Japon capitule.

Je pense que c’était nécessaire.

Certains prétendent encore aujourd’hui qu’il aurait suffit de larguer une bombe atomique dans la mer au large des côtes japonaises pour obtenir la capitulation du Japon. Les effets effrayants de la bombe disent-ils auraient fait réfléchir les chefs militaires nippons. C’est méconnaître la farouche et aveuglante détermination d’un certain nombre de Hauts Responsables à refuser la défaite.

Savez-vous par exemple que le 9 mars 1945, prenant leur vol de Guam, de Timian et de Saïpan, plus de 300 bombardiers B29 (les super-forteresses) emportant chacun 7 tonnes de bombes, font route, ce soir-là sur Tokyo.

C’est l’opération » Meeting House ».

Le 10 mars, de minuit à 3h30, survolant la capitale impériale à 1.500 m d’altitude l’armada américaine lance 2.000 tonnes de projectiles incendiaires à base de magnésium de napalm et de phosphore.

La température devient insoutenable, le vent attise l’incendie. Au matin du 10 mars les 2/5 de la ville sont ravagés. 35 km carrés sont détruits – 250.000 maisons ont disparues et le nombre des victimes jamais connu avec certitude est estimé à 200.000.

Cinq mois après, le 6 août, la bombe atomique fait 200.000 morts à Hiroshima, et trois jours plus tard 74.000 morts à Nagasaki.

L’orgueilleuse caste militaire, cruelle, inhumaine qui avait entraîné le Japon dans la guerre, dans cette folie meurtrière, s’est enfin inclinée, non sans avoir tenté obstinément, une dernière fois, d’empêcher l’empereur du Japon, le Mikado, d’intervenir pour demander à son armée de déposer les armes.

Après la capitulation du Japon le vide provoqué par le coup de force du 9 mars 1945 en Indochine était à combler.

L’Amiral Decoux enfermé et isolé dans une plantation du sud, à Loc Ninh, tenta désespérément mais en vain de reprendre ses fonctions et de rétablir la souveraineté française. Il en fut empêché.

Vous connaissez la suite : l’Indochine est coupée en deux à hauteur du 16ième parallèle. Le Nord est occupé par les Chinois et le sud par les Anglais.

Le gouvernement provisoire d’Alger envoie ses représentants pour y restaurer la souveraineté française en attendant l’arrivée de l’Amiral Thierry d’Argenlieu et les troupes du Général Leclerc.

Mais au Nord déjà dans les fourgons chinois, Ho Chi Minh et sa suite sont revenus à Hanoi. Les difficultés commencent

Tout cela, dans un premier temps se termine par les accords Ho Chi Minh / Sainteny du 6 mars 1946. Accords précaires qui butent sur la question cochinchinoise. La rupture est définitivement consommée après les négociations menées tant en France que localement.

En décembre 1946 le Viet Minh passe à l’offensive armée (attaque du 19 décembre, redite manquée du 9 mars 1945).

C’est la guerre.

Elle a duré huit ans. Il a fallu attendre 1954 et la conférence de Genève, avec le douloureux épisode de Dien Bien Phu pour faire taire le canon une première fois

Pour peu de temps hélas.! Les américains ayant pris notre place devaient entreprendre une guerre plus longue qui s’est terminée un jour d’avril 1975 par la chute de Saigon.

Les anciens d’Indochine retrouveront, je pense après avoir lu ces quelques lignes, une page d’histoire enfouie dans leur mémoire.

Mais tous retiendront que l’Indochine française n’a pas été perdue après huit ans de guerre, mais a été perdue le 9 mars 1945 après une nuit tragique où son destin a basculé.

 

Jean Chaland.

Lieutenant (ER).

Chevalier de la Légion d’Honneur

Officier de l’Ordre National du Mérite

Fait prisonnier le 9 mars 1945 et interné dans les camps de la mort de Hoa Binh (Tonkin).

Un grand soldat qui fut membre de l’UNACITA.

10 fév

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Jacques André Henri Pissot,  est né à Saumur le 10 mars 1919. II avait été incorporé aux chantiers de jeunesse dés 1942, mais il en démissionna en 1943 car il avait pris le maquis et servait dans les Forces françaises de l’intérieur.

Puis il s’engageait pour la durée de la guerre à la 33e brigade d’infanterie.

Jacques Pissot, qui combat au l er régiment de France, est cité a l’ordre du régiment :

« -Soldat d’une énergie magnifique et méprisant le danger à Bussières les-Belmont (Haute-Marne), le 11septembre 1944, il n’a pas hésité à se lancer a l’assaut pour aller prêter main forte à ses camarades en situation difficile. Par son initiative et son magnifique courage, les Allemands durent abandonner leur position, laissant sur le terrain de nombreux cadavres. »

Caporal-chef en 1945, Jacques Pissot est alors volontaire pour le corps expéditionnaire d’Extrême-Orient.

Parti en janvier 1946, il sera sergent d’infanterie coloniale en janvier 1947.

« Chef de groupe d’un cran remarquable, toujours volontaire pour les missions périlleuses, dans la nuit du 13 au 14 aout 1947 il n’a cessé d’encourager les tirailleurs défendant le poste de Muong-Yuong (Laos), il a été l’âme de la résistance contre les rebelles qui ont laisse dix cadavres devant le poste ».

« Plein d’allant, il a fait preuve d’un calme imperturbable dans les plus grands dangers. Le 22 octobre 1947, ii s’est empare a la tète de son groupe du village de Kheo-Chia (Laos), tuant plusieurs rebelles et s’emparant de deux fusils. Au cours de ce combat, il est blessé par une grenade a la cheville gauche et au genou droit ».

Il sera rapatrié en 1948, mais il est volontaire pour un deuxième séjour en Indochine.

Jacques Pissot est affecté au Tonkin et participe a de nombreuses opérations.

« Sous-officier plein d’allant et d’initiative, le 15 mars 1948, par sa rapidité d’exécution, il a contribue à l’anéantissement du poste viet-minh de Ban-Co-MO (Annam).

L’adversaire abandonnera dix cadavres sur le terrain et de nombreuses munitions. Animé d’un sang-froid remarquable, il a toujours montré un mépris complet du danger.

Chef de section, le 18 avril 1948, à la tête de ses hommes, il a donné l’assaut au poste rebelle de Ban-Co-Nam (Annam), tuant de nombreux viet-minh et faisant une ample moisson d’armes et de documents. »

« Blessé le 4 mai 1949 par éclats de mine et de grenade, il refuse de prendre un congé de convalescence et rejoint sa section le 20 juin 1949. Noté comme sous-officier adjoint, magnifique entraineur d’hommes, faisant preuve d’un courage et dune ardeur combative hors de pair. Il se distingue a nouveau a An-Thi (Tonkin) ou il récupère deux fusils en poursuivant des rebelles dans des conditions difficiles et dans un terrain truffe de mines. »

”Blessé par mine a Do-Tuong (Tonkin), après avoir eu une conduite magnifique au feu, il fait preuve d’un rare courage au cours dune évacuation difficile. »

 Le 23 juin 1949, il s’est lancé a l’assaut du village de Ha Thon (Tonkin) et a été grièvement blessé au cours de l’engagement par éclats d’obus de mortier a la jambe droite.

Le 3 décembre 1949, Vincent Auriol, président de la République, René Pleven, ministre de la Défense nationale et Max Lejeune, secrétaire d’Etat aux Forces armées « Guerre » signent un décret conférant la médaille militaire à Jacques Pissot, sergent du 6e régiment d’infanterie coloniale :

« -Sous-officier adjoint d’une section d’infanterie dont les actions d’éclat ne se comptent plus. Volontaire pour effectuer un deuxième séjour en Extrême-Orient Magnifique entraineur d’hommes, d’un courage au feu et d’une ardeur combative sans égale, il s’est distingué successivement à Tho-Hanang-Trung (Tonkin) le 24 avril 1949, où il a récupéré un mortier, et à Co, le 2 mai 1949 où il a poursuivi les rebelles dans un terrain particulièrement difficile et sous un feu intense pendant plus de deux kilomètres. Blessé le 4 mai 1949, a dédaigné une convalescence et a rejoint sa section le 20 juin 1949. Trois jours plus tard, il s’est lancé a l’assaut du village de Ha-Thon (Tonkin) et a été grièvement blessé au cours de l’engagement. »

« Incarnant les plus belles qualités de l’Armée coloniale, il est pour ses camarades, comme pour ses subordonnes, un modèle d’énergie, d’esprit de sacrifice et du plus total mépris du danger ».

La concession de la médaille militaire a Jacques Pissot comportait une nouvelle palme pour sa croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs. Il sera nomme sergent-chef le 1 er novembre 1949, puis adjudant le 1er octobre 1954. Il obtiendra la croix de chevalier de la Légion d’honneur pour services exceptionnel de guerre en Extrême-Orient par décret du 14 aout 1956. Il sera nommé adjudant-chef d’infanterie de marine le 1 er janvier 1959.

Volontaire pour l’Algérie, il y effectue un séjour de quatre ans le 1958 a 1962; deux fois encore, il sera cité à l’ordre du régiment :

« -Brillant sous-officier, chef de Maghzen, il s’est distingué dans la recherche du renseignement qui a abouti au démantèlement d’un réseau de I’O.P.A. rebelle de Montesquieu zone Est-Constantinois). Toujours volontaire pour les embuscades et opérations en zone d’insécurité, il s’est fait remarquer par son sang-froid et son courage. Il s’est particulièrement distingué le 21 août 1960 A Gabel-Bir-Sedra-Kbira zone Est-Constantinois). Il a fait preuve dans cette circonstance d’un parfait mépris du danger. »

 

« Valeureux sous-officier qui serf aux affaires algériennes. Placé ,successivement A la tète des Maghzen des sections administratives ,spécialisées de Montesquieu puis de Bou-Hamra (zone Est¬ Constantinois), il s’est particulièrement distingué le 30 avril 1961 à Montesquieu.

Titulaire de la Croix de la Valeur militaire avec deux étoiles de bronze, Jacques Pissot fut promu officier de l’ordre national du mérite en 1966. Cinq fois blessé, dont quatre blessures de guerre et une en service commandé.

Totalisant dix citations, titulaire de la coix du Combattant volontaire, son colonel le salua en ces termes lors de sa mise à la retraite en 1973 à plus de trente années de services :

« -Sous-officier dune haute valeur morale, d’une discipline intellectuelle parfaite, dune conscience professionnelle digne d’éloge et ‘un dévouement de tous les instants. Son passé militaire est élogieux, ses chefs directs reconnaissent unanimement sa valeur militaire, son courage au feu et son ardeur combative. Il incarne les plus belles qualités des troupes de marine dont les actions d’éclat ne se comptent plus. Il ne laissera que des regrets pour ses chefs qui l’estiment et l’apprécient, et ses camarades qui le respectent. » Colonel Charles Coupigny, des troupes de marine).

Jacques Pissot fut promu officier de la Légion d’honneur au titre l’armée d’active comme adjudant-chef le 10 juillet 1974.

Le 26 novembre 1981, le président de la République François Mitterrand, le Premier ministre Pierre Mauroy et le ministre de Défense Charles Hernu, après avis du Conseil de l’Ordre, Conseil des ministres entendu, ont promu au grade de commandeur dans I ‘ordre national de la Légion d’honneur Jacques André Henri Pissot, mutilé de guerre, titulaire d’une pension militaire d’invalidité à titre définitif, adjudant-chef en retraite qui avait été promu officier de la Légion d’honneur le 14 juillet 1974

C’est le général de division Pascal, de l’infanterie de marine grand-officier de la Légion d’honneur, qui a remis les insignes de commandeur de la Légion d’honneur a l’adjudant-chef (Er Jacques Pissot. La presse de la Cote d’Azur salua l’événement en ces termes :

Une carrière militaire exceptionnelle, le seul sous-officier commandeur de la Légion d’honneur. Avec 17 titres de guerre Jacques Pissot, adjudant-chef en retraite, est devenu le sous-officier le plus décoré de l’armée française.

« -Frejus : L’adjudant-chef Jacques Pissot conservera du jeudi 2 février 1982 un souvenir mémorable. Pour cet homme rompu à toutes les épreuves, qui totalise plus de trente ans de service dans les troupes de marine, cette journée restera inoubliable.

A Fréjus, devant les officiers et les sous-officiers du 21e régiment d’infanterie de marine, et surtout devant les jeunes engagés qui recevaient en cette occasion la double fourragère, il a été fait commandeur de la Légion d’honneur.

L’hommage rendu par les troupes d’active à cet « ancien » a été à la mesure de l’événement, car à notre connaissance, l’adjudant-chef Pissot était le seul sous-officier commandeur de la Légion d’honneur a titre militaire à cette époque . L’adjudant-chef Pissot nous a quitté depuis mais son nom est gravé au panthéon des grands soldats de notre pays.

 

 

 

 

Opération Walkyrie : 20 juillet 1944

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Le complot du 20 juillet 1944 est une opération essentiellement planifiée par des conjurés militaires souhaitant le renversement du régime nazi afin de pouvoir négocier la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec les puissances alliées.

Le complot comprenait deux étapes étroitement imbriquées. La première phase consistait en l’assassinat d’Adolf Hitler ; la seconde en la prise du pouvoir et la mise en place d’un nouveau régime, en détournant de son objectif le plan d’urgence établi par les nazis, l’Opération Walkyrie, prévu pour permettre à l’armée de réprimer une insurrection.

La première phase du complot échoua. Si la bombe placée par le colonel Claus von Stauffenberg dans une des salles du Wolfsschanze explosa, Adolf Hitler ne fut que légèrement blessé. L’incertitude sur le sort de Hitler et l’impréparation des conjurés, retardèrent en outre le lancement du coup d’État. Ce retard lié à l’annonce de la survie de Hitler, permit aux partisans du Führer de faire échouer le complot.

L’échec du complot, suivi par une répression particulièrement féroce, accrut le rôle de Heinrich Himmler et renforça la méfiance de Hitler à l’égard du corps des officiers, à l’exception de ceux de la SS.

Le 20 juillet 1944, von Stauffenberg et son aide de camp l’Oberleutnant Werner von Haeften prennent l’avion vers le quartier-général de Hitler, le Wolfsschanze à Rastenburg, en compagnie du général Helmuth Stieff.

À 11 h 30, il participe, durant trois quarts d’heure, à une réunion de préparation dirigée par Wilhelm Keitel ; à la fin de celle-ci, vers 12 h 15, il demande à se rafraîchir et à changer de chemise, ce qui n’a rien d’étonnant vu la chaleur.

Rejoint dans les toilettes par von Haeften, il n’a le temps, compte tenu de son handicap, d’amorcer que l’une des deux bombes ; de plus, il est interrompu dans ses préparatifs par l’aide de camp de Keitel, Ernst John von Freyend, qui l’avertit d’un appel téléphonique du général Erich Fellgiebel, responsable des communications du commandement suprême de la Wehrmacht et chargé d’empêcher, après l’attentat, toute communication vers l’extérieur.

Stauffenberg place l’explosif amorcé dans sa mallette, et remet l’autre à von Haeften

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Les réunions se tenaient généralement dans l’abri bétonné. Ce jour-là, Hitler décida que le rapport aurait lieu dans un baraquement dont plusieurs des parois étaient en bois, ce qui lui sauvera la vie.

Stauffenberg rejoint la réunion avec Hitler, pendant l’exposé du général Adolf Heusinger ; en raison de sa surdité partielle, et à sa demande, il est placé à la droite du Führer et à sa proximité. Il place sa mallette près de la grande table sur laquelle sont posées les cartes que consulte Hitler, contre la chaise sur laquelle ce dernier était assis, puis quitte la réunion en prétextant un appel téléphonique.

Au moment où Stauffenberg quitte la réunion, 24 personnes sont présentes dans le baraquement. Le dos tourné à la porte, Hitler est accoudé au centre de la table, le menton dans la main ; à sa droite, le Generalleutnant Adolf Heusinger, chef des opérations de l’état-major de l’armée de terre et adjoint du chef d’état-major et le colonel Heinz Brandt, adjoint de Heusinger, derrière lesquels se tient le général Günther Korten, chef de l’état-major de la Luftwaffe ; toujours à la droite du Führer mais un peu plus éloignés de la table, on trouve le général Karl-Heinrich Bodenschatz, officier de liaison du commandant en chef de la Luftwaffe et le général Walter Buhle, membre de l’état-major de l’armée de terre à l’OKW.

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Sur le petit côté de la table (à la gauche de l’image), se succèdent le lieutenant général Rudolf Schmundt, aide de camp en chef de la Wehrmacht auprès de Hitler et chef de la section du personnel de l’armée de terre, le lieutenant-colonel Heinrich Borgmann, aide de camp de Hitler et, au coin de la table, l’un des deux sténographes, Heinrich Berger ; derrière eux, et près de l’une des deux fenêtres le lieutenant-colonel Heinz Waizenegger, aide de camp de Keitel et le Vice-amiral Karl-Jesco von Puttkamer, aide de camp de la Kriegsmarine auprès de Hitler.

 Du côté opposé au Führer ont pris place le capitaine de vaisseau Heinz Assmann, officier d’état-major de la Kriegsmarine, le lieutenant-colonel Ernst John von Freyend, aide de camp de Keitel, le Generalmajor Walter Scherff, conseiller personnel de Hitler pour l’histoire de la seconde guerre mondiale, le Contre-amiral Hans-Erich Voss, officier de liaison du commandant suprême de la Kriegsmarine, Otto Günsche, SS-Hauptsturmführer et aide de camp de Hitler et, sur le coin, le second sténographe, Heinz Buccholz. À la gauche du Führer on trouve le Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel, Chef d’état-major des forces armées, le Generaloberst Alfred Jodl, chef du bureau opérations de l’état-major de la Wehrmacht, le général Walter Warlimont, adjoint du chef d’état-major de la Wehrmacht et Franz Edler von Sonnleithner, représentant du ministère des Affaires étrangères.

Dans le coin inférieur droit de l’image, se situent (de gauche à droite), le colonel Nicolaus von Below, aide de camp de la Luftwaffe, le major Herbert Büchs, aide de camp de Jodl et le SS-Gruppenführer Hermann Fegelein, officier de liaison de la Waffen-SS.

Une fois Stauffenberg sorti, Hitler se lève, traverse la pièce et vient se placer devant une grande carte murale. Vers 12 h 45, au centre des aides de camp, Stauffenberg, von Haeften et Fellgiebel entendent une explosion assourdissante ; Stauffenberg et von Haeften prennent ensuite une voiture pour gagner le terrain d’aviation afin de rejoindre Berlin. Pendant le trajet, von Haeften se débarrasse du second engin explosif, non amorcé ; les deux conjurés réussissent à circonvenir le dispositif de garde et à s’envoler pour la capitale, à 13 h 15 : ils sont « fermement convaincus que nul n’avait pu survivre à l’explosion [et] que Hitler était mort. »

Les parois en bois cèdent et plusieurs victimes furent projetées à l’extérieur.

À Berlin, les conjurés sont avertis d’un message, plutôt vague, envoyé par Erich Fellgiebel au général Fritz Thiele, juste avant le décollage de l’appareil transportant le colonel von Stauffenberg et von Haeften : il s’est passé quelque chose de terrible au Wolfsschanze mais Adolf Hitler est toujours vivant.

Dans l’attente de nouvelles précises et définitives, Olbricht décide de ne pas lancer le coup d’État. Lors de leur arrivée à l’aérodrome de Tempelhof, entre 14 h 45 et 15 h 15, von Stauffenberg et von Haeften se retrouvent seuls, personne ne les y attendant : von Haeften téléphone aux conjurés réunis au Bendlerblock et déclare que Hitler était mort.

Cette nouvelle est confirmée par Stauffenberg lors de son arrivée au quartier général, vers 16 h 30 ; sur la base de ces nouvelles informations, Olbricht demande à Fromm de donner l’ordre de déclencher l’opération Walkyrie, mais celui-ci refuse, ayant été averti vers 16 heures par Wilhelm Keitel de l’échec de la tentative d’assassinat. Passant outre, le chef d’état-major de Fromm, Albrecht Mertz von Quirnheim lance l’action « en adressant aux commandants militaires régionaux un message câblé qui commence par ces mots : le Führer, Adolf Hitler, est mort. » Au fur et à mesure des heures, les principaux conjurés se retrouvent au Bendlerblock : Ludwig Beck et Olbricht y sont rejoints par d’autres acteurs importants : vers 16 h 30, Erich Hoepner arrive en civil, son uniforme dans sa mallette, suivi vers 20 heures par Witzleben qui déclare d’emblée : « Quel beau gâchis. »

Hitler-Attentat, 20. Juli 1944

À Paris, le général von Stülpnagel, commandant militaire de la France occupée, fait arrêter un millier d’officiers de la SS, dont Karl Oberg et Helmut Knochen.

Si la bombe a bel et bien explosé, Hitler ne souffre que d’une blessure à la main droite et de brûlures sur le corps. Toutes les lignes de communication n’ont pas été coupées : la nouvelle de la survie du Führer parvient donc rapidement à Berlin, notamment lorsque Goebbels met en liaison téléphonique Hitler et Remer.

Ce dernier retourne ses forces contre les comploteurs, avec l’aide des adjoints d’Olbricht qui n’avaient pas été mis dans la confidence. Il s’en suit une fusillade au quartier général de l’armée à Berlin, au cours de laquelle von Stauffenberg est blessé.

Également averti de la survie du Führer, von Kluge met immédiatement fin à l’opération lancée par von Stülpnagel et fait libérer les membres de la SS arrêtés.

La première vague de la répression est organisée par le général Fromm, qui tente d’éliminer des témoins de sa complicité passive lors de la préparation du complot. Parmi les conjurés arrêtés, le général Beck est autorisé à se suicider en raison de son rang ; après deux tentatives infructueuses, il est achevé sur ordre de Fromm.

 Les autres prisonniers, après un procès expéditif, sont condamnés à mort, emmenés dans la cour du Bendlerblock et fusillés l’un après l’autre ; Olbricht, von Stauffenberg, von Haeften et von Quirnheim sont exécutés.

Arrivés au Bendlerblock, Ernst Kaltenbrunner et Remer, bientôt rejoints par Otto Skorzeny, prennent le contrôle du bâtiment et empêchent toute nouvelle exécution sommaire. Himmler et la Gestapo lancent une enquête à grande échelle qui infirme rapidement le jugement initial de Hitler « qui réduisait le complot aux menées d’une poignée d’officiers réactionnaires. »

Les arrestations et les interrogatoires se multiplient : Wilhelm Canaris, Hans Oster, Hjalmar Schacht, Johannes Popitz, Gustav Noske, Wilhelm Leuschner et Carl Friedrich Goerdeler tombent tour à tour aux mains de la Gestapo ; au total, Himmler fait arrêter cinq mille personnes connues comme étant des adversaires au régime. De nombreux détenus sont torturés pour les faire parler.

Au matin du 21 juillet 1944, Tresckow se dirige vers les lignes ennemies et se suicide en faisant exploser une grenade. Kluge utilise du poison pour mettre fin à ses jours, comme Erwin Rommel, forcé de choisir entre le suicide ou un procès et une humiliation publique. Oertzen se suicide également en faisant exploser deux grenades.

 

Sur l’ordre de Hitler, les militaires identifiés comme comploteurs sont chassés de l’armée par une cour martiale présidée par von Rundstedt, notamment assisté par Guderian et Keitel. Redevenus civils, ils peuvent donc être traduits devant le Volksgerichtshof (tribunal du peuple), présidé par Roland Freisler. Le premier procès, concernant huit inculpés s’ouvre le 7 août 1944 et d’autres se succèdent jusqu’en février 1945.

Tous les inculpés du premier procès sont condamnés à mort et exécutés par pendaison, « châtiment déshonorant », dans une dépendance de la prison de Plötzensee. Ils sont pendus à de simples crochets, « avec des cordes particulièrement fines, pour qu’ils meurent de lente strangulation », humiliés pendant leur agonie, les bourreaux leur baissant le pantalon. Leur supplice est filmé et photographié.

Himmler déclara que « quiconque était impliqué dans un crime aussi odieux contre l’Allemagne avait nécessairement un sang impur » et que châtier les familles des conjurés « était une vieille tradition germanique » ; l’épouse et les enfants de nombreux comploteurs sont arrêtés et la répression frappe également, dans certains cas, « leurs frères et sœurs, leurs parents, leurs cousins, leurs oncles et tantes. »

Certains conjurés ne sont pas identifiés et échappent donc à la mort, comme Philipp von Boeselager ou Rudolf-Christoph von Gersdorff. Quant à Fabian von Schlabrendorff, il ne doit la vie qu’à l’interruption de son procès par un bombardement aérien, le 3 février 1945, au cours duquel Freisler trouve la mort

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Décès de John Martin, dernier du Bataillon du Pacifique !

2 jan

La Dépêche de Tahiti a le regret de vous informer de la disparition de John Martin, qui a nous quitté lundi 31 décembre,
aux alentours de 21 heures. Né le 8 décembre 1921 à Tahiti, John Martin s’est engagé dans la France libre dès septembre 1940, puis a été sergent dans le célèbre Bataillon du Pacifique durant la seconde guerre mondiale et a notamment participé à la bataille de Bir Hakeim. Il a été décoré de la croix de guerreavec étoile d’argent pour ses faits de guerre. Il était le dernier combattant du Bataillon du Pacifique. John Martin était âgé de 91 ans.

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Bir Hakeim est un point d’eau désaffecté au milieu du désert de Libye. Pendant seize jours, du 26 mai au 11 juin 1942, la Première Brigade Française Libre du général Kœnig y résista aux attaques des armées motorisées italiennes et allemandes (l’Afrika Korps) du général Rommel. Le répit ainsi gagné par les Français libres permit aux Britanniques, en mauvaise posture, de se replier et de triompher par la suite à El Alamein. Le général Saint-Hillier dira, en octobre 1991, dans un entretien : “Il fallut qu’un grain de sable enrayât l’avance italo-allemande, qui n’atteignit El-Alamein qu’après l’arrivée des divisions britanniques fraîches : le grain de sable s’appelait Bir Hakeim.”

 Le dernier week-end du mois de mai, en métropole, a été commémoré le soixante-dixième anniversaire de la bataille de Bir Hakeim, où les Tahitiens et les Calédoniens du Bataillon du Pacifique s’illustrèrent de façon magistrale, faisant entrer le conflit de la Deuxième Guerre mondiale dans une phase décisive.

 L’armistice de 1940 et l’appel du général de Gaulle

 Fin 1939, les murs de Papeete se couvrent d’affiches blanches aux drapeaux entrecroisés annonçant l’entrée en guerre de la métropole. La fièvre monte dans les districts et dans les îles. Pourtant, il n’y a pas grand-chose à faire durant cette “drôle de guerre”, mais comme la France est en période d’hostilités, le gouverneur Chastenet de Géry ordonne au capitaine Félix Broche d’organiser la défense. En un mois, deux cent sept hommes se retrouvent en train de suivre l’instruction militaire à la caserne de l’avenue Bruat et bien que Félix Broche et quelques officiers de réserve souhaitent rejoindre les troupes de la France combattante, seul Noël Ilari sera autorisé à regagner la métropole par ses propres moyens au début de 1940.

Pendant ce temps, en Europe, la situation s’aggrave. Alors qu’à Tahiti nul n’est informé de l’exode des Français, ni de la catastrophe de Dunkerque, ni de l’entrée en guerre des Italiens aux côtés des Allemands, un matin ensoleillé, une nouvelle étonnante éclate : l’armistice est signé ! À Papeete, on comprend d’autant moins que les émissions radio reçues sont contradictoires et que l’appel du18 juin du général de Gaulle n’a pas été entendu à Tahiti.

 L’attachement réel de Tahiti à la France

 Dans leur grande majorité, les Tahitiens sont pour la continuation de la lutte et pour la formation d’un corps expéditionnaire qui irait, comme en1916, aider la France à se relever. Le 14 juillet 1940, à Uturoa, un vieux chef parle de “la tristesse de savoir les Prussiens à Paris, à Bordeaux, à Lyon”, et d’ajouter : “Ils ne sont pas à Tahiti, aux îles Sous-le-Vent, aux Tuamotu, Ils n’ont pas vaincu les Maori. Nous ne sommes pas des vaincus, nous ne sommes pas des captifs”.

 Un ancien combattant de Champagne parle dans le même sens : “Nous allons former un bataillon du Pacifique et tous les tamarii maohi iront chasser les Prussiens de France”. L’idée était lancée, elle allait faire son chemin…

 Pendant l’été 1940, il n’est cependant pas question pour le capitaine Broche de former un corps expéditionnaire mais plutôt de démobiliser, la mort dans l’âme et aux ordres du gouverneur les deux cents hommes de sa compagnie constituée quelques mois plus tôt.

 Après quelques mois d’événements plus ou moins rocambolesques, et la mise en place d’un gouvernement provisoire, le 3 septembre 1940, alors que le 27 août était créé le Comité de la France libre, un décret du général de Gaulle nomme Émile de Curton gouverneur des Établissements français d’Océanie.

 On n’insistera jamais assez sur le fait que les Tahitiens de la base, dès l’annonce de l’armistice et dès l’appel du 18 juin ont manifesté avec force et détermination leur volonté d’aller se battre pour aider la France à se relever. L’épopée du Bataillon du Pacifique composé en majeure partie de Tahitiens de souche et de “demis” qui vont pendant cinq ans se couvrir de gloire sur tous les champs de bataille, de Bir Hakeim au front des Vosges, illustre au plus haut point l’attachement réel que Tahiti portait à la France.

 Dès le 14 janvier 1941, un premier contingent composé d’officiers-mariniers et de marins quitte Tahiti et, après plusieurs péripéties et autant d’affectations va servir sur les corvettes de la France Libre qui protègent les convois dans l’Atlantique nord. Le 31 mars, un deuxième groupe de combattants est engagé pour la durée de la guerre au titre des Forces françaises libres.

 Ce n’est pas le capitaine Broche qui formera le corps expéditionnaire à Tahiti, car il est nommé commandant supérieur des forces du Pacifique et part prendre ses fonctions à Nouméa le 21 octobre 1940.

 Le 21 avril, la ville de Papeete se couvre de drapeaux, le croiseur anglais “Monowai” est à quai. Les trois cents volontaires ont quitté la caserne de l’avenue Bruat et s’apprêtent à embarquer. La “Marseillaise”” retentit, puis le “Maururu a vau”. Il se met à pleuvoir. Le “Monowai” quitte Tahiti, un hydravion de la base aéronavale le survole, la passe est franchie, la grande aventure du Bataillon du Pacifique commence.

 Un très long voyage

 Ce n’est que le 1er août 1941 que les volontaires tahitiens et calédoniens vont débarquer en Palestine après un voyage qui a emmené les Polynésiens aux îles Fidji où ils vont défiler, avant de rejoindre Nouméa où ils seront rejoints par les volontaires de Nouvelle-Calédonie.

  Après quatre jours de navigation, Tahitiens et Calédoniens arrivent à Sydney à bord du “Zealandia”. Durant un mois et demi, ils vont subir un entraînement intensif et, le 27 juin, le Bataillon du Pacifique embarque sur le plus grand paquebot du monde : le “Queen Elisabeth”, destination le canal de Suez après être passés par Perth et Ceylan.

  Le 1er août 1941, le Bataillon du Pacifique débarque en Palestine. Pour tous, c’est l’inconnu le plus complet. Le 19 août, direction la Syrie où l’instruction et l’entraînement se poursuivent. Vers la mi-décembre, le bataillon est entièrement équipé de matériel neuf et le 28 du même mois, il prend la direction du sud. Tartous, Tripoli, Beyrouth, St Jean d’Acre et de nouveau la Palestine avant l’arrivée dans le désert de Libye.

mod-150x150 dans In MémoriamLa vraie guerre va commencer, le jour approche où les hommes du bataillon vont connaître le baptême du feu. Après le piton d’Halfaya, Sallum atteint le 26 janvier, c’est l’arrivée à Tobrouk, puis c’est l’étape de Temimi et celle de Mechili, où le 30 janvier le bataillon prend position et où l’aviation ennemie se fait maintenant plus active et harcèle quotidiennement les véhicules du bataillon, dont les membres, à chaque attaque, sont obligés de se disperser.Cette mission retardatrice permet aux Anglais de se positionner et d’arrêter les colonnes de l’Afrika Corps du général Rommel.

 

14 février 1941

Fin février, la Première Brigade Française Libre arrive à Bir Hakeim, un point qui serait sans doute resté à jamais inconnu si une poignée d’hommes résolus n’avait immortalisé son appellation. Bir Hakeim va devenir l’une des batailles les plus célèbres de l’Histoire moderne. En couvrant le flanc sud de la VIIe armée britannique Bir Hakeim servira de pivot aux éléments blindés qui agissent au sud.

  Dès le 14 février 1941, les hommes du Bataillon du Pacifique vont entourer le camp de cinquante mille mines antichars
et creuser tranchées, trous d’hommes, observatoires. La brigade Koening envoie des patrouilles qui quadrillent le désert.

 Les Tahitiens ne comprennent pas l’intérêt de ces travaux. Ils ont l’impression de patrouiller et de creuser pour rien. L’affrontement avec l’ennemi donnera un sens à ce dispositif de défense. Cet affrontement va avoir lieu le 28 mai. Le 26, Bir Hakeim a été survolé par l’aviation allemande, le 27 l’ennemi est prêt à attaquer, le lendemain, c’est un déluge de feu, 80 chars allemands montent à l’attaque des positions défendues par les Tahitiens et les Calédoniens. 

Les Français ouvrent le feu. Pendant une heure, avec une extrême violence, tout le monde tire. Des chars brûlent, mais la division “Ariete”, la meilleure division italienne, n’arrivera pas à briser la résistance des Tahitiens et des autres combattants.
L’ennemi ne s’attendait pas à trouver un champ de mines à l’est de Bir Hakeim. Les Tahitiens célèbrent cette victoire, on oublie la peur, on gratte la guitare, on chante les mérites du “lapin”, le général Koening qui a repoussé le“renard”, le général Rommel !

 La bataille n’est cependant pas jouée et pour la brigade française installée depuis le 14 février à Bir Hakeim, un seul mot d’ordre : tenir, même en cas d’encerclement durant une dizaine de jours. C’est ce qui sera fait et ce n’est que le 10 juin que la retraite va s’amorcer après avoir durant toutes ces journées fait face à un ennemi nettement supérieur, malgré les bombardements incessants et le nombre de victimes recensées.

 La 1ère brigade perce les lignes ennemies et permet l’évacuation de Bir Hakeim qui a tenu plus de quinze jours à un encerclement mortel.Le général Koening aura ces mots : “Bir Hakeim est une victoire française, soyez fiers de votre victoire. Je salue nos morts, nos frères d’armes tombés dans les combats et dont le souvenir nous soutiendra dans les luttes à venir” et le 18 juin 1942, il y a 70 ans, le général de Gaulle terminera son discours par ces mots : “Quand, à Bir Hakeim, un rayon de sa gloire renaissante est venu caresser le front sanglant de ses soldats, le monde a reconnu la France”.

  Pouvait-on offrir meilleur hommage aux combattants du Bataillon du Pacifique qui a payé un lourd tribut pour obtenir cette victoire avec de nombreux morts, dont le lieutenant-colonel Félix Broche fauché par un obus à son poste de commandement, blessés ou disparus. Certainement pas. Mais le chemin sera encore long de Bir Hakeim à Paris ou le Bataillon du Pacifique fera son entrée le 8 novembre 1944 et d’ici là, il aura encore l’occasion de se mettre en valeur à travers l’Égypte, la Tunisie, l’Italie, en France enfin avec le débarquement de Provence et la remontée jusqu’aux Vosges où les Tahitiens se comporteront toujours avec un courage extrême.

 Le 14 juillet 1945, le Bataillon du Pacifique va défiler sur les Champs-Élysées et recevoir l’hommage de la nation. Il l’a bien mérité.

 On avait l’esprit gaulliste avant le gaullisme !”John Martin,commandeur de la Légion d’honneur

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“À l’annonce de l’armistice, à Tahiti, tout le monde était triste. Lors de la guerre de 1914-18, plus de mille tahitiens avaient rejoint la métropole, participé aux batailles de Verdun, du Chemin des Dames et ils étaient revenus en vainqueurs. Que la France, en 1940 ait perdu, ils n’y croyaient pas. Les chefs de district, tous anciens combattants sont allés demander confirmation chez le gouverneur, les larmes aux yeux.”

 Puis est parvenue la nouvelle de l’appel du 18 juin du général de Gaulle. “Je ne l’ai pas entendu directement, raconte John Martin, mais comme j’étais planton aux établissements Donald, je naviguai beaucoup dans la ville, où j’ai rencontré de gens qui m’ont dit qu’un général avait parlé, à Londres et lancé un appel à la résistance. Comme beaucoup de copains, j’ai de suite cherché à m’engager et me suis rendu au consulat anglais pour tenter de me faire incorporer via la Nouvelle-Zélande.
Pas possible. En souvenir de ces anciens, j’ai pensé qu’il fallait faire quelque chose et que c’était à nous, les jeunes, d’essayer de répondre à cet appel du général de Gaulle. Cet appel a rapidement rassemblé tous ceux qui avaient cette même pensée, on avait l’esprit gaulliste avant le gaullisme !

 Malgré tout, on peut comprendre ceux qui admettaient l’armistice, en majorité des métropolitains qui avaient déjà vécu la Première Guerre mondiale et qui avaient quitté la métropole pour ne jamais revivre pareil épisode vingt ans après. Je suis tout d’abord allé m’engager dans la Marine, mais ils n’ont pas voulu de moi pour cause “d’insuffisance musculaire” ! Je me suis alors rendu à la caserne Bruat. Je croyais que l’on allait s’inscrire et que l’on attendait à la maison l’arrivée du bateau ! À 7h30, le matin, j’ai dit à mon patron chez Donald que j’allais m’engager. Il m’a dit : “C’est bien, mon garçon”, mais lorsque je suis revenu vers 16 heures, habillé en troufion, il n’a pas apprécié !

 Commença alors l’instruction à Bruat, cependant que sur radio Saïgon, j’apprenais comme mes camarades que j’étais condamné à 20 ans de travaux forcés par le gouvernement de Vichy ! Il nous restait à attendre l’arrivée d’un bateau à destination de la Nouvelle-Zélande pour y parfaire notre instruction.

1732livor-225x300 Au sujet de mon incorporation, je dois beaucoup à ma mère car, n’ayant pas la majorité de 21 ans, c’est elle qui a dû signer mon engagement. Étant fils unique, pour elle, ce n’était pas évident, mais elle l’a fait. Lors de mon départ, sur le “Monowai”, elle m’a remis une lette en me disant de ne la lire que lorsque nous serions loin de Tahiti, ce que j’ai fait et j’ai eu raison, car si je l’avais ouverte plus tôt, je pense que j’aurai sauté à la mer et quitté le navire. Elle m’expliquait que si elle avait signé mon engagement, ce n’était pas comme de nombreuses personnes l’en accusaient parce qu’elle ne m’aimait pas ou se désintéressait de moi, mais au contraire parce qu’elle était fière de moi et de ma décision”.

 

La Maison de la France Libre

 De retour au fenua, les militaires tahitiens formèrent l’association des Français Libres dont le premier président fut le colonel Hervé avec comme secrétaire John Martin.
L’État leur céda un terrain à Vaininiore pour un franc symbolique et, grâce à des subventions et des dons sur ce terrain fut érigée la Maison de la France Libre. L’amicale des anciens du Bataillon du Pacifique, créée en 1967, y avait toute sa place. Elle s’y réunissait plusieurs fois par an, mais elle tomba en sommeil à partir de 1984.

 Depuis le 25 février 2012, elle a été dotée d’un nouveau président en la personne d’Éric Noble dont le père, Max Noble, ancien du Bataillon fut également président. C’est John Martin qui a sollicité Éric Noble pour prendre ce poste car, les anciens  n’étant plus assez nombreux pour l’occuper, il a pensé que pour perpétuer le souvenir du Bataillon, il fallait que ce soit un descendant de ses soldats qui prenne le relais.

 C’est maintenant chose faite mais Éric Noble a souhaité que l’amicale change de nom pour l’élargir à tout le monde combattant polynésien. Elle est donc aujourd’hui constituée d’anciens marins de la Marine nationale, d’anciens militaires de l’Armée de Terre et de l’Air et d’anciens gendarmes et, avec John Martin comme président d’honneur, elle s’appelle désormais “Amicale du souvenir des anciens du Bataillon du Pacifique, de la France Libre et du monde des combattants polynésiens”.

La priorité du nouveau président est la restauration de la Maison de la France Libre pour qu’un musée du souvenir puisse y voir le jour. Le coût des travaux de restauration du bâtiment qui comprendra ensuite un musée, mais aussi in auditorium, est estimé à 12 millions. Il va devoir s’atteler à réunir cette somme en gardant à l’esprit que ce projet est nécessaire pour pouvoir réunir les documents qui permettront aux générations futures de garder en mémoire le souvenir de l’abnégation des anciens, qui disparaissent, hélas, de plus en plus.

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LE CAMP 113

29 juil

extrait du livre CAPTIFS DU VIET MINH du CAPITAINE Thomas

 LE CAMP 113 dans Livres couverture

Ce fut par étapes journalières successives de 15 à 20 kilomètres, marquées par de nombreuses haltes diarrhéiques que nous nous dirigeâmes vers le Camp 113. Notre  organisme affaibli et l’état lamentable de nos pieds ne nous permettaient, en aucun  cas, de faire plus. Nos deux gardes semblaient d’ailleurs l’avoir compris, ils  nous laissaient toute latitude pour régler la marche à notre guise. Ils avaient certainement dû recevoir des ordres dans ce sens avant notre départ, la consigne étant  sans aucun doute de nous livrer en piteux état, certes, mais vivants au Chef du Camp 113.

Chaque soir, nous mangions et logions chez l’habitant. Notre condition alimentaire  s’était sensiblement améliorée, nous devions atteindre les 500 grammes de riz par  jour, servis en deux repas, avec quelques légumes et parfois même de la viande de porc, suppléments toujours gracieusement offerts par les paysans qui nous hébergeaient.

Le ler mars 1953, nous touchions enfin au but, littéralement crevés », mais avec  néanmoins une lueur d’espoir quant à l’amélioration prochaine de notre  condition de vie. Le dernier cours d’eau assez profond fut franchi « à  poil », la tenue de combat enroulée autour du cou, sur la charge de riz, avec  l’aide précieuse de nos deux bo-doï, nos anges gardiens depuis notre départ de  Nghia-Lo. A force d’habitude, ils nous étaient devenus presque sympathiques. Sur la  rive opposée se dressait le Camp 113. Le grand appentis abritant les cuisines se tenait aux abords immédiats de la rivière.

Le camp proprement dit, dont on apercevait les premières cagnas dissimulées sous la  végétation, s élevait à 200 mètres de là. Les premiers pensionnaires rencontrés,  presque aussi mal en point que nous, ne furent guère curieux ni loquaces. Etaient-ils  blasés, ou bien respectaient-ils tout simplement notre misère et notre fatigue ? Les  deux suppositions pouvaient être admises.

Dès notre arrivée, nous fûmes conduits chez le Chef de camp. Homme sans âge, de  taille moyenne, sec, comme la plupart de ses compatriotes, ni sympathique ni franchement  antipathique, il nous souhaita la bienvenue en ces termes : « Je suis heureux de vous accueillir au Camp 113. Je sais tout de vous.. Mais quoi que vous ayiez pu faire avant  votre capture, vous serez hébergés, nourris et soignés ici dans les mêmes conditions  que vos camarades simples combattants selon les principes humanitaires prescrits par notre
vénéré Président. Cette mansuétude à votre égard ne devra toutefois pas vous faire  oublier votre position de « criminel de guerre ». E vous faudra obéir sans  discuter aux ordres des gardes, du surveillant général, de mon adjoint ici présent,  français comme vous, mais qui depuis 1945 a choisi le camp de la paix ».

Instinctivement, nous suivîmes le regard du Chef de camp pour tenter de distinguer les  traits de celui qu’il venait de nommer. Assis à l’écart, dans la pénombre,  demeuré silencieux depuis notre entrée afin, vraisemblablement, de mieux nous observer,  nous ne l’avions pas remarqué. Son image était trop floue pour nous permettre de le  définir. Le Chef de camp ne nous en laissa d’ailleurs pas le temps.

« Monsieur BOUDAREL, dit-il, est chargé, sous ma responsabilité, d’animer ce  camp, c’est-à-dire d’assurer votre rééducation politique, d’organiser  vos loisirs, de vous donner le goût du travail manuel afin de faire de vous, fils  égarés d’un peuple travailleur, épris de liberté, des hommes nouveaux, des  combattants de la paix. Je compte sur votre concours et votre bonne volonté. Maintenant,  allez rejoindre vos camarades et vous reposer. J’ai donné les ordres nécessaires  pour votre installation ».

Nous venions d’entendre notre Nième leçon de morale socialiste. En dépit du ton  persuasif de la dernière phrase, elle n’avait, comme les précédentes, profité  qu’à son auteur, entretenant chez lui, comme un besoin, l’illusion de sa  médiocre importance. Quant à son adjoint, il en fut pour ses frais. Blasés à tout  jamais par de tels propos, nous étions, mon camarade et moi, restés sans réaction. Sa  manière de procéder, d’épier dans l’ombre pour le compte de nos ennemis, le  comportement de ses malheureux compatriotes, qu’il allait, par sa trahison,  contribuer à avilir, me le rendit d’emblée antipathique.

Une nouvelle de notre arrivée s’était très vite répandue. Aussi, dès mon  apparition, je fus immédiatement assailli de questions. La plupart de mes camarades de  combat étaient là, avides de nouvelles. Ils m’avaient d’ailleurs tous cru  mort. Leurs visages maigres, leurs yeux enfoncés, leur teint bilieux m’ôtèrent une  partie de mes illusions quant à une amélioration substantielle de ma condition de vie.
Toutefois, leur nombre, leur présence, leur sollicitude me réconfortèrent. C’est  la raison pour laquelle, pressé de questions, je leur fis, malgré ma lassitude, le  récit détaillé de mes cinq longs mois d’internement éprouvant même, au fur et à  mesure que je débitais mon long monologue, un impression de soulagement, comme si le  simple fait de leur raconter ma récente misère pouvait la leur faire partager.

Mon adaptation au rythme du camp allait durer une dizaine de jours, au cours desquels,  bénéficiant de la complicité de mon chef de groupe et de l’esprit de solidarité  des hommes valides, je parvins à éviter la plupart des corvées. Ce court répit me  permit de récupérer un tant soit peu de mes forces et de soigner tant bien que mal mes  plantes de pieds et chevilles avec l’aide et grâce au dévouement et à  l’esprit inventif et débrouillard de Kemen, seul et unique infirmier du camp. Ce  laps de temps me donna également l’occasion de faire plus ample connaissance avec  les lieux et d’étudier les hommes, leur comportement et leurs réactions face à  leurs misérables conditions d’existence.

Le Camp 113 était bâti sur une sorte de promontoire boisé, mais débroussaillé,  avec, en son milieu, une clairière artificielle aménagée en amphithéâtre, dans lequel  des rondins posés directement sur des troncs d’arbres sectionnés faisaient office  de bancs. Face à ces bancs, une estrade. Délimitant cet amphi, sur ses côtés est et  ouest s’élevaient deux rangées de cagnas, comportant chacune deux bâts-flancs et  une allée centrale, dissimulées sous la frondaison. Sur chacun des autres côtés  aboutissait un chemin. L’un descendait en un large virage à gauche vers les  habitations des autorités et des gardes, puis, plus loin, vers les cuisines et la  rivière, l’autre menait tout droit, en pente douce, vers la cagna baptisée  « ‘infirmerie ».

Rien ne délimitait le camp, ni rideau de bambou ni clôture de barbelés ni mirador,  c’était superflu. Tout autour de nous, c’était la jungle hostile, avec ses  embûches, ses fauves, ses serpents, ses myriades d’insectes de toutes espèces.  Approximativement, nous situions le camp à 70 km de la frontière de Chine, à 20 km du  grand village de Vinh-Thui (6) placé au point de jonction de notre cours d’eau avec  la Rivière Claire, à 200 km de Tuyen-Quang, à 350 km de Vietri poste français le plus  proche, à 450 km de Hanoï, à plus de 14-000 km de la France à vol d’oiseau.

Le camp était occupé par quelque 320 prisonniers, tous d’origine européenne,  parmi lesquels 7 officiers attendaient depuis des mois leur transfert au Camp N’ 1,  une trentaine de sous-officiers dont une dizaine d’adjudants-chefs et  d’adjudants. Sur ce nombre, 270 environ survivaient dans des conditions précaires  d’alimentation, d’hygiène et de prophylaxie.

A l’infirmerie, véritable antichambre de la mort, 20 squelettes à pieds  d’éléphant  agonisaient sous un essaim de grosses mouches vertes. Malgré le  dévouement de Kemen et sa médication de fortune, ils étaient vaincus par la faim,  vidés par la dysenterie, minés par le paludisme, l’avitaminose, les ascaris, la  peau rongée par les champignons de la dartre annamite, de la bourbouille et du  hong-kong-foot. Parmi ceux qui n’avaient plus aucune réaction et qui allaient mourir  le soir même ou dans la nuit, certains avaient les lobes d’oreilles et la base des  narines entamés par les rats. C’était un spectacle affreux.

Dans les cagnas, le reste de l’effectif atteint des mêmes maladies, à un degré  moindre peut-être, mais cependant d’une autre non moins mauvaise : « la maladie  du bât-flanc » (mauvaise habitude consistant à rester allongé en dehors des heures  normales de repos), se préparait à remplacer, à plus ou moins brève échéance, à  l’infirmerie, leurs camarades qui allaient mourir.

En somme, la hantise au camp était dominée par la hantise de la mort. C’était  un véritable mouvement continu, à sens unique, irréversibles Tous ceux qui étaient  admis à l’infirmerie mouraient. Les agonisants attendaient la mort, les épuisés  prenaient la place des agonisants, les sans-espoir succédaient aux épuisés, les  nouveaux arrivés comblaient les vides entretenant ainsi le cycle. Le taux de mortalité  variait entre 25 et 40 décès par mois, et même plus, selon les saisons. La catégorie  la plus touchée était, sans conteste, celle des jeunes de 18 à 25 ans, fait qui  tendrait à confirmer que l’homme n’atteint son point de maturité qu’à 25  ans. Autre constatation : les célibataires tenaient moins bien le coup que les mariés.  Là encore, je pense qu’un facteur stimulant intervenait pour maintenir à un niveau  plus élevé le moral et la volonté de survie de l’homme marié : sa responsabilité  de chef de famille.

Dans un but d’organisation, les pensionnaires étaient répartis par groupes de 30  à 40. Le responsable du groupe ou animateur était élu par ses camarades. Son  investiture restait toutefois subordonnée à l’approbation du Chef de camp, ou  plutôt de son adjoint, BOUDAREL, le « théoricien », qui en sa qualité  d’ex-professeur de philosophie au lycée de Saigon, était plus apte à jauger les  hommes, d’autant plus que ceux-ci étaient ses compatriotes. L’animateur avait  des responsabilités très limitées. Il veillait au maintien de la propreté des locaux
communs, à l’observation de l’hygiène collective dans la mesure des moyens  (inexistants), procédait aux appels sous la tutelle d’un garde ou du surveillant  général, dirigeait l’activité du. groupe en matière d’éducation politique  et de loisirs, participait avec ses pairs à la rédaction des motions, manifestes ou  lettres.

Du lot des animateurs émergeait l’Adjudant R…. beau parleur, à la réplique  facile, doté d’une conscience élastique lui permettant de s’adapter à toutes  les situations en profitant de toutes les circonstances pour arriver à ses fins, même  s’il devait pour cela user de procédés peu recommandables tels que le mouchardage  et les fausses accusations. Sa façon de louvoyer, d’aller au-devant des désirs des
autorités et de les satisfaire au-delà de leurs espérances, son goût très marqué,  pour les idées professées dans les cours politiques qu’il animait par ses  initiatives hardies et ses prises de position catégoriques, toujours bien accueillies par  BOUDAREL, lui conféraient une certaine notoriété. Celle-ci lui donnait de  l’ascendant sur un petit noyau de prisonniers sans envergure ni personnalité  (sous-officiers pour la plupart), qui préféraient cette solution de facilité consistant  à abonder dans ses idées et se placer sous sa protection, pensant de cette manière  pouvoir s’attirer les bonnes grâces de leurs geôliers.

Ainsi se présentait à moi le Camp 113, avant mon intégration complète en son sein.

Quoiqu’il en fut, le sentiment de sécurité que procurait la masse de mes  compagnons d’infortune, la chaleur des amitiés retrouvées, la création de  nouvelles, notamment parmi mes compatriotes bretons me libérèrent progressivement de  l’angoisse incessante ressentie au cours de mes cinq premiers mois  d’internement. C’est pourquoi, malgré ma fatigue persistante, la faim, les  plaies incomplètement guéries, la dysenterie qui me sciait les tripes, les accès de  palu de plus en plus fréquents, le béri-béri, je retrouvai peu à peu mon calme. Ma
volonté de vivre, un instant ébranlée, reprenait le dessus.

« Criminels de guerre, vous êtes ici pour expier vos fautes, vos crimes! »,  c’était l’éternel refrain. Le système de rééducation imposé aux
prisonniers était axé tout entier vers ce but. Le vieil homme devait faire place à un  homme nouveau. Les mercenaires sanguinaires du capitalisme international devaient se  transformer en véritables et agissants combattants de la paix, selon le procédé  marxiste, le seul valable, qui consistait à affamer les corps (c’était chose faite)  pour disposer plus facilement des esprits (ce qui fut plus difficile).

Notre emploi du temps s’établissait, en principe, de la manière suivante: Les  matinées étaient consacrées aux corvées courtes, corvée de bois, lessive,  débroussaillage, etc. La corvée de bois avait lieu tous les jours (le bambou brûle  vite), la corvée de riz tous les dix jours environ (distance variable, 15 à 25 km). La  corvée de sel (30 à 40 km), de loin la plus pénible, la plus harassante, le plus  souvent conduite par BOUDAREL, durait deux, trois et parfois même quatre jours.  L’équipe qui y participait perdait à chaque fois deux, trois ou quatre hommes en  cours de route ou après le retour au camp, un nombre analogue un ou deux jours plus tard.  Les après-midi étaient consacrées à l’éducation politique par BOUDAREL, aux  séances d’autocritique, auxquelles je ne me suis jamais plié, n’ayant rien à  me reprocher. Mais il n’en était pas de même de nombreux autres camarades, qui  s’accusaient d’exactions invraisemblables, puis juraient sur leurs grands dieux
qu’ils allaient passer le reste de leur captivité à s’amender, à se repentir  dans le but avoué d’entrer dans les bonnes grâces de leur laveur de cerveau, avec  l’espoir de faire partie de la prochaine libération anticipée. Les meetings  coîncidaient avec les bonnes nouvelles du front ou les exploits des stakhanovistes  russes. Les soirées étaient meublées soit par des veillées au cours desquelles  alternaient chants et sketchs, soit par des discussions au sein des groupes.

Tous ceux qui pouvaient tenir debout participaient aux corvées et aux activités du  camp. « Si pas travailler, c’est pas manger telle était la devise du surveillant  général.

Notre bonne ou mauvaise volonté à admettre la vérité enseignée conditionnait tout  le système. C’est pourquoi, les lendemains des cours ou meetings sans résultats  satisfaisants, on voyait s’allonger la corvée de bois de 4 à 5 km, la corvée de  riz de 10 à 20 km. Pour la même raison, la quantité de riz aux repas diminuait, le cube  de viande de buffle disparaissait bientôt du menu sous prétexte de pénurie momentanée.
Par contre, lorsque des progrès étaient constatés dans notre éducation, le phénomène  inverse se produisait. Dans ces moments-là – ils étaient rares – les autorités auraient  facilement sacrifié deux ou trois chèvres. Bref, comme notre estomac, le système était
élastique.

Bien que supérieure de 200 à 250 grammes à celle servie dans les camps de  représailles et qui m’avait fait perdre 20 kilos en cinq mois, la ration alimentaire  quotidienne était nettement insuffisante pour maintenir les corps, déjà vidés de leur  substance, en état de résister aux fatigues journalières, aux maladies, à la rigueur  du climat.

Cette ration représentait une certaine quantité de denrées alimentaires  correspondant à la valeur en piastres « Ho-Chi-Minh » d’un kilo de riz. Ce  qui ne voulait pas dire que chaque prisonnier percevait un kilo de riz par jour.
C’était plus subtil et plus compliqué que cela. Théoriquement – je dis bien  théoriquement – la ration homme-jour se- décomposait comme suit

Riz = 600 g

Sel = 5 à 10 g

(perceptions très irrégulières, souvent un mois sans)

Viande = 10 à 20 g de viande de buffle

Légumes = pratiquement inexistants, à part une fois de temps en temps, 1 des liserons  d’eau, des racines de manioc, des feuilles de courges, des herbes comestibles.

Le kilo de riz étant taxé à 20 piastres, la ration homme-jour de riz représentait  déjà, à elle seule (20 X 600) : 1000 = 12 piastres. L’équivalent en piastres des  400 g restants, soit (20 – 12) = 8 piastres était utilisé pour l’achat, à  l’intendance ou chez l’habitant, des autres denrées. Le sel, élément de  soutien indispensable à l’organisme, en particulier dans les pays tropicaux, où  l’on transpire tellement, était une denrée très rare. Importé de Chine, ou  provenant du delta par voie de contrebande, il était hors de prix. En somme, il ne  restait même plus 8 piastres pour acheter la viande et les légumes. Même en tablant sur  8 piastres, chaque prisonnier ne pouvait, en dehors des vieux buffles prêts à crever,  espérer journellement et raisonnablement prétendre qu’à quelques grammes.

En admettant que la totalité du riz absorbé fut assimilée par l’organisme, ce  qui reste à vérifier, cette ration de famine fournissait à chaque prisonnier un maximum  de 2.000 calories par jour alors qu’il lui en aurait fallu 4.000 pour se maintenir en  condition en raison de ses activités et de la rigueur du climat, qui le créaient parmi  les travailleurs de force de 2ème catégorie.

Mieux qu’un long exposé, le tableau comparatif joint en annexe montre d’une  manière saisissante les déficits en calories et principes énergétiques de la ration  alimentaire servie aux prisonniers de guerre dans les camps du Viet-Minh par rapport aux  besoins normaux d’un travailleur de même condition.

Ainsi, donc, pour rétablir l’équilibre entre la quantité de calories reçues  (2.000) et la quantité de calories dépensées (4.000), le prisonnier devait chaque jour  puiser dans ses propres réserves les 2.000 calories manquantes. Durant les premiers mois  de la captivité, ce processus de restitution par l’organisme d’une quantité  d’énergie « travail » supérieure à la quantité d’énergie  aliment » reçue se concevait, mais plus après six ou neuf mois de détention. En  effet, passé ce délai, il ne restait plus un gramme de graisse à brûler dans les  organismes décharnés des prisonniers. C’est la raison pour laquelle, passé ce  délai, la plupart mouraient.

Mais alors, me direz-vous, comment les autres ont-ils fait pour survivre ? Là est  l’énigme ! D’autres avant nous ont vécu dans des conditions non pas analogues,  mais comparables : ce sont les détenus des camps de concentration nazis. Eh bien, malgré  l’effroyable hécatombe, quelques-uns ont survécu. Ceux qui avaient la foi, un  idéal ou une responsabilité familiale capables de garder intact leur moral. Je pense
qu’il en a été de même pour les survivants des camps du Viet-Minh.

Le mois de juin 1953 fut fertile en événements. Vers le 5 du mois, une vingtaine de  prisonniers, sélectionnés parmi les plus évolués politiquement, furent dirigés vers  les lignes françaises en vue de leur libération. Comme il y avait peu d’élus, il y  eut beaucoup de déçus, en particulier dans le clan des mouchards et rampants notoires,  dont le chef spirituel riait jaune. Parmi les élus, deux réintégrèrent le camp après  trois semaines d’absence. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’au dernier moment,  juste à la minute où ils croyaient le miracle accompli, leur directeur de conscience (le  commissaire politique) leur avait signifié qu’il leur manquait encore un petit  quelque chose, en matière de rééducation, pour être digne de bénéficier de la  clémence du président Ho. En vérité, tout était prévu dès leur départ du camp,
c’était dans la ligne du système. Quel terrible choc moral pour ces deux pauvres  types ! Certains camarades furent à maintes reprises les victimes de ce jeu cruel.

Pour ceux qui restaient, cette libération eut toutefois une conséquence heureuse. En  effet, par l’intermédiaire de nos camarades libérés et des autorités militaires  françaises qui les avaient accueillis, nos familles allaient enfin savoir ce que nous  étions devenus, être fixées sur notre sort. Il n’avait certes pas été question  de remettre de lettres à ceux qui étaient partis, une telle pratique était strictement  interdite et bien trop risquée pour le prisonnier qui avait eu la chance de quitter le  camp. A propos de nouvelles, je signale que la dernière lettre adressée à ma femme  remontait au 14 octobre 1952. Depuis, plus rien, hormis le bref communiqué habituel des  autorités militaires « porté disparu, présumé prisonnier ! » que le maire de  Morlaix avait eu la pénible mission de transmettre. Depuis ma capture, je songeais
souvent à la terrible angoisse dans laquelle ma famille vivait, sans nouvelles depuis  huit mois, ne sachant même pas si j’étais encore de ce monde. En ce mois de juin  1953, beaucoup de familles eurent hélas à déplorer la mort d’un des leurs, et  déjà la très longue liste s’allongeait tous les jours. Tous nous redoutions  l’issue fatale.

La recrudescence de la mortalité, en ce début de mois, maintenait cet état  d’esprit. La chaleur étouffante annonciatrice de la mousson y était pour une grande  part responsable. On enterrait à tour de bras un, deux, trois, quatre par jour et parfois  plus. L’équipe des croque-morts du Capitaine Thomasi, chargée de creuser les  tombes, ne suffisait plus, on dut la renforcer.

L’infirmerie, où les condamnés à mort ne faisaient que passer, était pleine  d’hommes nus, squelettiques, complètement déshydratés, qui n’avaient même  plus la force ou la volonté ni de manger, ni de se lever pour satisfaire leurs besoins  naturels. Leur immobilité cadavérique, pouvait-on dire, ne permettait quelquefois pas,  à première vue, de distinguer ceux qui venaient de mourir des moribonds. Il n’y  avait cependant pas besoin de tâter le pouls ou le coeur pour constater la mort. En  effet, dès que l’âme avait quitté le corps de celui qu’allait pourrir en  terre du Viet-Nam, les ascaris se montraient, fuyant par l’anus ou par la bouche les  intestins ou l’estomac de celui qu’ils avaient patiemment mais inexorablement  aidé à mourir.

Ascaris, excréments, mouches, asticots souillaient en permanence les bât-flancs de  cette morgue-infirmerie où, inlassable, Kemen, aidé depuis peu par deux camarades,  faisait tout ce qui était en son pouvoir pour soulager les souffrances et maintenir un  semblant d’hygiène. Son dévouement faisait l’admiration de tous. Comment  faisait-il pour ne pas céder au découragement devant l’inutilité de ses efforts devant la carence des autorités responsables qui ne lâchaient leurs comprimés de  paludrine, d’opium ou de stovarsol qu’au compte-gouttes ? Certes, l’amour  de son métier y était pour quelque chose, mais il y avait aussi – et surtout – son  esprit de solidarité. Ce n’étaient certainement pas les mêmes sentiments qui  animaient l’intellectuel BOUDAREL, « Eminence Rouge » du camp pour se faire  le complice agissant de cette entreprise de destruction massive de compatriotes. Le  comportement de cet homme était incompréhensible ; son indifférence dépassait  l’imagination. L’idéologie marxiste avait dû lui mettre une pierre à la place  du coeur.

Un membre de l’équipe des cuistots ayant été libéré, je fus dès son départ  appelé à le remplacer. Je ne m’attendais pas du tout à cette affectation. Elle ne  me réjouissait pas. C’était un poste à très grande responsabilité compte tenu  des maigres rations mises à notre disposition pour la distribution. Si pour le riz la  répartition était relativement facile, il n’en était pas du tout de même pour la viande.

Diviser 6 kilos de viande en 300 parts égales n’était pas, je vous  l’avoue, chose aisée. Il ne fallait pourtant léser personne, c’eût été impardonnable, surtout en cette période de mortalité jamais égalée. Pour la viande, il  fallait encore tenir compte de la chaleur. Crue, elle ne se conservait qu’un jour ;  cuite, trois jours au maximum, et encore fallait-il la recouvrir d’une bonne couche  de graisse pour éviter tout contact avec l’air chaud ambiant et les mouches.  J’aurais bien volontiers cédé mon poste à l’Adjudant R.., patron des soumis, qui paraissait jalouser ma place, s’il n’avait tenu qu’à moi de prendre  cette décision.

Vers le 30 juin, nous reçûmes la visite d’un avion d’observation français  : les libérés avaient bien situé le camp aux autorités militaires françaises. Avec  notre complicité, il repéra le camp dès le premier passage. Le lendemain, un Dakota de  la Croix-Rouge nous parachutait vivres, médicaments et certainement courrier. Nous  n’en vîmes pas la couleur. La plus grande partie fut récupérée par l’armée  populaire, le reste par le Chef de camp et ses adjoints. Kemen reçut, en plusieurs fois,  quelques boîtes de lait concentré, quelques comprimés supplémentaires que, la mort  dans l’âme, il ne fut autorisé à administrer qu’aux mourants – à ceux qui  n’en avaient plus besoin – parce que, chez eux, le point de non-retour était atteint  ou déjà franchi. Quel gâchis !

La situation sanitaire se dégradait de jour en jour, et l’affaiblissement  général et progressif des individus à la fin de juin laissait présager le pire. On  voyait des prisonniers, apparemment bien portants la veille ou l’avant-veille, mourir  subitement. Les rats, qui proliféraient à une cadence prodigieuse, furent rendus  responsables de ces décès subits et rapides. Dans une certaine mesure cette accusation  était justifiée, des cas analogues s’étant déjà présentés dans d’autres  camps, où la spirochétose, maladie provoquée par une bactérie transmise par les urines  du rat avait fait des ravages. Pour tenter d’en réduire les causes et les effets,  une chasse aux rats fut immédiatement organisée. En quelques jours, une bonne centaine  de ces rongeurs passa de vie à trépas. La cadence des décès ne ralentit pas pour  autant.

Jusqu’à cette date, la mort n’avait touché que des hommes de troupe et  quelques sous-officiers, dont la valeur marchande, pour les Viets, n’avait que peu  d’importance, mais elle pouvait bientôt, sans crier gare, frapper les quelques  officiers encore présents au camp, au sort desquels la Croix-Rouge Internationale  s’intéressait. Leur disparition risquait de soulever des problèmes, notamment à  l’heure des règlements de comptes à la fin de la guerre, lors de l’échange  des prisonniers. Il devenait donc urgent de les soustraire au plus vite au danger  immédiat. Les autorités agirent sans retard, à l’exception du Capitaine Thomasi,  dont les raisons du maintien nous échappaient. Ils furent dès les premiers jours de  juillet mis en route sur le Camp, N’ 1.

Devant la recrudescence de la mortalité, chacun réagit selon sa dose de volonté du  moment. Un grand nombre de prisonniers s’abandonna au désespoir, malgré les efforts  des plus valides pour les inciter à réagir. L’hygiène individuelle et collective  se relâcha à un point tel que l’emploi de la force devint nécessaire pour obliger  certains camarades à prendre leur bain quotidien, à laver et bouillir leur tenue de
paysan, seul et unique vêtement, à ébouillanter leur panier à riz et ké-bat à  goyave, à bouillir leur eau de boisson, à nettoyer leur bât-flanc, à se rendre aux  feuillées pour faire leur chiasse, et à manger la totalité de leur maigre ration de  riz.

Personnellement, ma conscience et mon moral furent mis à rude épreuve. Je supputais  mes chances de survie : elles étaient minimes. Ex criminel de guerre dangereux,  imperméable aux cours politiques, il était illusoire, pour moi, de compter sur la faveur  d’une libération anticipée. La guerre durait depuis 8 ans, elle pouvait encore  durer autant, peut-être même plus. Nous ne connaissions, de la situation militaire, que  les communiqués de victoire du Viet-Minh ; ils ne me convainquaient guère.C’est devant tant d’incertitudes que germa peu à peu dans mon esprit  l’idée d’une évasion. Les risques étaient énormes, mais en cette période,  l’une des plus misérables que j’aie connues, l’évasion me paraissait  être la seule issue possible. Mieux valait mourir dignement, en tentant  l’impossible, plutôt que de mourir de maladie, ou tout simplement d’inanition  dans ce camp de concentration du bout du monde.

Le poste français le plus proche, Vietri, au confluent du Fleuve Rouge et de la  Rivière Claire était à quelque 350 km. Tenter l’aventure, à pied (pieds nus) par  les pistes à travers la jungle, sans carte ni boussole ni guide ni vivres de réserve  eût été de la folie. Même en empruntant le chemin le plus court, la route coloniale,  ce qui était impensable, il aurait fallu plus de 15 jours à un homme valide pour le
faire. La descente en barque ou en radeau de la rivière restait donc la seule et unique  solution. C’était le début de la mousson. Il pleuvait tous les jours. Le niveau du  cours d’eau qui arrosait le camp avait monté de près de trois mètres en moins de  dix jours. La vitesse du courant était de l’ordre de 10 à 15 km à  l’heure. Malgré la mise en garde des autorités contre les dangers d’une telle  tentative qui obligatoirement comportait la descente de la Rivière Claire, réputée pour  la traîtrise de son cours, ses récifs à fleur d’eau, ses rapides et ses tourbillons, il convenait de profiter des circonstances favorables.

Tenter seul l’aventure sur un radeau eût été également courir au suicide.  Seul, je n’aurais jamais pu le guider, le maintenir dans le sens du courant. Je  devais donc chercher un partenaire sûr et qui voulut bien affronter et partager tous les  risques et périls que cette folle tentative comportait.

L’adjudant Montagne fut ce partenaire. Ancien du Bataillon de Corée, nous avions  fait la traversée de Marseille – Haïphong ensemble et sympathisé dès le départ.  Affectés tous deux au ler Bataillon Thaï, lui à la 4ème Compagnie, unité qui tenait  le piton surplombant Nghia-Lo, moi à la C.C.B, nous nous étions revus très souvent  avant notre capture. A mon arrivée au Camp 113, il fut le premier à m’accueillir et à me réconforter. Militaire cent pour cent, marié, père de famille, il partageait mes  sentiments quant à nos chances de survie ; c’est pourquoi il accepta d’emblée  ma proposition, et cela d’autant plus facilement qu’il y avait lui-même songé.

Les préparatifs furent vite bâclés. Radeau et pagaies furent repérés à deux  kilomètres en aval du camp, au cours d’une corvée de bois. Notre projet, tenu  secret jusqu’au dernier moment, ne fut révélé qu’au Capitaine Thomasi et à  Kemen, qui nous fournit quelques comprimés de’ paludrine et de sel, ainsi  qu’une boule de riz de réserve, prélevée sur la ration des morts de la journée.
Le départ fut fixé au 14 juillet, après l’appel du soir.

Tombés au champ d’honneur, ils méritent bien un nom de rue.

22 avr

Tombés au champ d'honneur, ils méritent bien un nom de rue. dans Histoire infirmierdeclassesuperieuremiloche 

Pourquoi donner à un lieu de Paris le nom du Tunisien Mohamed Bouazizi et ignorer nos soldats morts pour la France ?

Bertrand Delanoë, le maire de Paris, propose de baptiser Mohamed-Bouazizi un lieu de la capitale, pour rendre hommage à ce jeune chômeur, dont l’immolation, le 17 décembre 2010, fut à l’origine de la révolution tunisienne. N’a-t-il jamais entendu parler du maître principal Loïc Le Page, de l’adjudant-chef Pascal Correia, du sergent Damien Buil, du caporal Alexis Taani, du lieutenant Lorenzo Mezzasalma, de l’infirmier Thibault Miloche (photo) , du capitaine Benoît Dupin et de tant d’autres, morts pour la France en Afghanistan ?

Cinquante-cinq soldats français ont laissé leur vie depuis 2004 sur ce théâtre. Ils sont, à plus d’un titre, des figures de proue pour notre société, qui hésite pour tant à les mettre en valeur, comme si l’agenda médiatique ou politique ne le permettait pas. Aucun de ces cinquante-cinq militaires n’a encore donné son nom à une rue ou à une place de France. Est-il donc urgent de le faire, à Paris, pour Bouazizi ? Leur sacrifice, net de toute considération sociale, ethnique ou religieuse, n’est-il pas le meilleur des creusets d’intégration, dans une société qui en a tant besoin ?

Les armées se posent ces questions. Quinze ans de professionnalisation et le retour de la guerre de haute intensité alimentent ces réflexions sur la place accordée par la société à ceux qui risquent leur vie pour elle.

L’ambitieuse revue Inflexions, éditée par l’armée de terre, organise même, ce 27 avril, une journée d’études sur le thème “Que sont les héros devenus ? ” Les points traités – “Héroïsme sans héros”, “Pourquoi les héros ont disparu” – traduisent bien les interrogations de l’institution de défense sur la légitimité de l’héroïsme militaire.

Les militaires constatent que notre société reconnaît le statut de héros aux grands navigateurs, à des humanitaires et à quelques sportifs, mais, gommant la guerre, elle ostracise de facto le héros militaire, valorisant au contraire le statut de victime. La mort au combat semble presque devenue un accident du travail – comme le montre la judiciarisation de l’affaire d’Ouzbine –, sans la valeur de sacrifice suprême et de dépassement de soi, consubstantielle au métier militaire.

Nourrie d’une forte tradition héroïque, la communauté militaire sait qu’elle honore des modèles forts que la société civile oublie, rejette ou ne comprend même plus. La France compte pourtant nombre de figures héroïques. Enrichie au fil des siècles, cette cohorte fut exaltée par les historiens et enseignée par les maîtres : ils savaient que cette geste nationale aidait à souder les générations, à intégrer les nouveaux Français à ceux de souche.

Le malaise est né après 1945. Le rejet idéologique de la colonisation a banni de notre mémoire d’authentiques héros, civils et militaires, ceux dont l’action permet à notre pays de ne pas rougir de cette période. Les soubresauts de la décolonisation ont entretenu le malaise. Les morts au combat et leurs camarades survivants de cette période sont tenus dans le même opprobre.

L’armée continue d’honorer des héros guerriers, à travers les noms de baptême de ses promotions d’officiers et de sous-officiers. Mais ces cérémonies, comme les décorations pour faits d’armes, restent encore trop souvent confinées dans des enceintes militaires, loin du regard de la société, notamment de sa jeunesse. À quand un baptême de promo ou une remise de Valeur militaire devant le Stade de France, place Bellecour à Lyon, sur la Canebière à Marseille, ou les Quinconces à Bordeaux, entre République et Bastille ?

Des soldats français risquent leur vie en opérations. Tous ne sont pas des héros, mais certains se comportent de façon magnifique. Quelques-uns n’en reviennent pas. En d’autres temps, leur sacrifice aurait été beaucoup mieux valorisé par les responsables politiques, raconté et expliqué sans préjugés par les médias et les enseignants. Quelques maillons de cette chaîne ne sont plus au rendez-vous.

http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/monde/pas-d039hommage-pour-nos-h%C3%A9ros20110421.html?sms_ss=facebook&at_xt=4db17096b90fc2b5%2C0

Frédéric Pons

Sur Internet : inflexions.fr

Photo © SIRPA Défense nationale

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